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Friche industrielle en centrale solaire : le mode d'emploi

· Mis à jour le 27 octobre 2026· DIGITALSUN ENR

En bref

Une friche industrielle peut accueillir une centrale photovoltaïque si elle offre au moins un hectare environ, un zonage compatible et un raccordement accessible. Les friches sont favorisées par l'État : bonus de notation dans les appels d'offres CRE, pas de conflit avec les terres agricoles. Une dépollution totale n'est pas systématique, mais le diagnostic l'est.

Qu'est-ce qu'une friche industrielle et lesquelles se prêtent au solaire ?

Une friche est un bien immobilier, bâti ou non, inutilisé, dont l'état ou la configuration ne permet pas un réemploi sans travaux ou aménagement préalables. C'est la définition posée par le Code de l'urbanisme depuis la loi Climat et résilience de 2021. Une friche industrielle est simplement une friche dont l'ancien usage était une usine, un entrepôt, un atelier ou une installation logistique.

Toutes ne conviennent pas au photovoltaïque. Les plus propices ont trois points communs : une surface continue d'au moins un hectare environ, un sol peu contraint (pas de zone humide, de risque d'inondation fort ou d'espèces protégées dominantes) et un poste de raccordement à portée raisonnable. Les terrains déjà bétonnés ou remblayés, éloignés de toute habitation et sans projet d'aménagement concurrent sont les meilleurs candidats.

Combien y en a-t-il ? Le Cerema recense dans son inventaire Cartofriches près de 20 500 sites en friche (chiffre actualisé en 2026), dont 19 % de friches industrielles en nombre et 47 % en surface. Environ 7 % présentent un potentiel de mutation vers du tertiaire, des équipements publics ou des installations photovoltaïques, ce qui représente de l'ordre de 1 000 friches et 5 000 hectares selon l'analyse du Cerema. L'inventaire reste évolutif : une friche absente de la base peut parfaitement être exploitable.

Pourquoi le photovoltaïque sur friche est-il favorisé par l'État ?

Trois raisons se cumulent en 2026.

  • Préserver les sols agricoles et naturels. La trajectoire de sobriété foncière (objectif de zéro artificialisation nette) pousse à réutiliser les terrains déjà transformés. Sur terres agricoles, la loi APER de 2023 impose en outre le cadre strict de l'agrivoltaïsme. Sur friche, ce débat n'existe pas.
  • Atteindre les objectifs de la PPE3. Le décret de février 2026 fixe 48 GW de photovoltaïque en 2030 et 55 à 80 GW en 2035 (source photovoltaique.info). Les grandes installations au sol devraient y représenter près de 38 % des développements prévus de 2026 à 2028. Voir aussi notre point sur la situation de la PPE.
  • Un avantage dans les appels d'offres. Les cahiers des charges de la CRE distinguent des « sites à moindre enjeu foncier » (le cas 3) dont font partie friches industrielles, anciennes carrières, décharges et sites pollués. Dans son bilan des appels d'offres PPE2, la CRE relève un bonus de notation de neuf points pour ces projets et environ 57 % de la puissance de l'échantillon sur terrains dégradés.

La loi APER a aussi introduit des zones d'accélération des énergies renouvelables (ZAER), que les communes définissent. Les friches y sont naturellement des candidates, ce qui peut faciliter l'instruction. Renseignez-vous auprès de la mairie avant de vous lancer.

Comment savoir si votre friche est éligible ?

Voici la grille de lecture que nous appliquons pour une première analyse. Les seuils sont des repères de terrain, pas des règles légales.

CritèreCe que nous vérifionsPourquoi c'est déterminant
Surface exploitableAu moins 1 ha d'un seul tenant, hors bâti à démolirLes coûts fixes (études, raccordement) se diluent avec la taille
Zonage du PLUZone urbaine, à urbaniser, ou zone naturelle ou agricole avec règlement compatibleUn zonage N ou A peut bloquer ou imposer une procédure de modification
RaccordementDistance au poste source, capacité d'accueil disponiblePremier poste de coût après les panneaux et les délais
Pollution et servitudesICPE, SIS, servitudes d'utilité publique, amiante, réseaux enterrésConditionne la technique de pose et le calendrier
EnvironnementEspèces protégées, zone humide, risque d'inondation, patrimoinePremier motif d'avis défavorable des autorités environnementales
FoncierPropriétaire unique ou indivision, bail possible, absence de projet concurrentUn bail emphytéotique de 30 ans ou plus est la règle

Pour le critère de pollution, notre article détaillé sur le solaire sur terrain pollué explique les secteurs d'information sur les sols et les attestations exigées. Pour les anciennes exploitations de matériaux, voyez le cas des carrières.

Quelle procédure administrative pour une centrale solaire sur friche ?

Les règles sont celles de toute centrale au sol, avec quelques spécificités liées au passé du site. D'après le guide régional publié en 2022 par la DREAL Normandie (à vérifier au dépôt, les seuils peuvent évoluer) :

  • un permis de construire est nécessaire au-delà de 250 kWc ;
  • une évaluation environnementale au cas par cas s'applique entre 300 kWc et 1 MWc ;
  • une évaluation environnementale systématique (étude d'impact, avis de l'autorité environnementale, enquête publique) s'applique à partir de 1 MWc.

Pour les projets d'une dizaine d'hectares, une concertation préalable du public est souvent organisée, et la défense incendie, l'insertion paysagère et la remise en état en fin de vie sont examinées. Le dépôt d'un dossier incomplet est la première cause de retard : compter plusieurs mois d'instruction, davantage si la friche est polluée.

Si la friche était une ICPE, il faut prouver que la cessation d'activité est régulière (procès-verbal de récolement, mémoire de réhabilitation). Notre guide ICPE et photovoltaïque explique ces régimes.

Faut-il dépolluer une friche avant d'y installer des panneaux ?

Pas systématiquement, mais il faut toujours démontrer la compatibilité avec l'usage. Une centrale au sol a une faible exposition humaine, et ses fondations peuvent être superficielles : l'objectif est de ne pas déplacer la pollution et de ne pas la rendre accessible. Une dépollution totale, très chère, n'est donc pas obligatoire dans tous les cas. Ce qui l'est : un diagnostic fiable, une conception adaptée et, selon le statut du site, une attestation d'un bureau d'études certifié.

Deux nuances importantes. Premièrement, certains polluants imposent des traitements ou du confinement avant tout chantier (poches d'hydrocarbures, présence d'amiante dans des bâtiments à démolir). Deuxièmement, la responsabilité de l'exploitant à l'origine de la pollution ne disparaît pas parce qu'une centrale y est installée. Pour les bâtiments amiantés présents sur la friche, consultez aussi notre fiche sur le désamiantage de toiture.

Combien rapporte une centrale solaire sur friche ?

La rentabilité dépend de trois variables : le coût d'investissement, la production et le prix de vente de l'électricité. Quelques repères datés :

IndicateurValeurSource
Investissement moyen, projets sur terrains dégradés (appels d'offres 2023)environ 942 €/kWcBilan CRE PPE2, 2024
Prix moyen pondéré des projets au sol retenus (dernière période du bilan)81,9 €/MWhBilan CRE PPE2, 2024 (tous projets au sol)
Productible observé à Leforest (62)environ 985 kWh/kWc/an18 329 MWh/an pour 18,6 MWc (calcul DIGITALSUN ENR)
Durée habituelle du contrat de soutien en appel d'offres20 ansCahiers des charges CRE
Durée de vie d'une centrale30 ans et plusGaranties constructeurs courantes

Exemple chiffré (simulation avec hypothèses)

Prenons une friche de 3 ha, avec 0,8 MWc par hectare, soit 2,4 MWc. L'investissement à 942 €/kWc représente environ 2,26 M€. La production à 985 kWh/kWc atteint environ 2 364 MWh par an. À un prix de vente de 80 €/MWh, supposé ici à titre d'illustration, le chiffre d'affaires annuel est d'environ 189 000 €, avant charges d'exploitation, loyer, taxes et remboursement de l'emprunt. Le résultat réel varie fortement avec le coût de raccordement, le niveau du prix obtenu et le bail. Cet exemple ne constitue pas une promesse de rendement.

Le propriétaire de la friche, lui, perçoit un loyer ou une indemnité. À titre d'exemple de loyer annuel de référence sur un site dégradé, la ville de Wintzenheim (12 ha, ancienne décharge) reçoit 36 000 € par an, soit environ 3 000 € par hectare. Pour d'autres types de terrain, notre comparatif des loyers de terres agricoles pour le photovoltaïque donne un point de comparaison.

Trois façons de valoriser l'électricité

  • Appel d'offres CRE pour les centrales de plus de 500 kWc : contrat de complément de rémunération, priorité aux sites dégradés. Voir le point sur l'appel d'offres PPE3.
  • Contrat d'achat direct (PPA) avec un industriel ou une collectivité : prix négocié sur dix à vingt ans. Notre guide du PPA photovoltaïque détaille les clauses.
  • Autoconsommation quand la friche jouxte un site industriel actif : une partie de l'électricité alimente directement l'usine. Notre site solaire-industriel.com présente ces projets.

Comment se règle le foncier : achat, bail ou convention ?

Dans la grande majorité des cas, le propriétaire reste propriétaire. Le développeur signe d'abord une promesse de bail, qui lui laisse le temps d'obtenir les autorisations et le raccordement, puis un bail emphytéotique ou un bail à construction pour la durée d'exploitation, souvent de 30 à 40 ans. Le loyer peut être fixe, proportionnel à la production, ou un mélange des deux.

Quelques clauses font la différence : le point de départ du loyer (signature, permis, mise en service), l'indexation, la garantie de démantèlement, la répartition des responsabilités environnementales et le droit de céder le bail à un repreneur ou à un financeur. Pour une friche appartenant à une collectivité, une procédure de publicité préalable et l'avis du service des Domaines sont souvent nécessaires. Quand le propriétaire est un industriel en activité, la friche peut aussi rester sa propriété et alimenter directement ses besoins en électricité.

Les étapes d'un projet sur friche, de l'étude à la mise en service

  1. Analyse du site et de la réglementation locale : SCoT, PLU, servitudes, ZAER, historique ICPE, risques.
  2. Étude des sols : nature et étendue de la pollution, présence d'amiante, remblais, portance.
  3. Conception : puissance, technologie, orientation, implantation évitant les secteurs sensibles.
  4. Budget et raccordement : chiffrage de la centrale et demande de raccordement. Voir notre guide sur le raccordement.
  5. Autorisations : permis de construire, évaluation environnementale, enquête publique selon la puissance.
  6. Financement et vente de l'électricité : candidature à l'appel d'offres, PPA ou autoconsommation, apport de fonds propres ou tiers investissement.
  7. Construction : fondations adaptées, structures, câblage, onduleurs, essais.
  8. Exploitation : maintenance, suivi environnemental, démantèlement en fin de vie.

Quelles erreurs éviter sur une friche industrielle ?

  • Se fier uniquement à l'inventaire. Cartofriches est un point de départ. Il ne dit ni si le terrain est constructible, ni s'il est raccordable.
  • Découvrir tard le zonage. Une friche classée en zone naturelle peut demander une évolution du PLU, avec des mois de délai.
  • Négliger les bâtiments. Les halls à démolir, les cuves enterrées et les toitures en fibrociment pèsent dans le budget.
  • Sous-estimer le raccordement. Sur certains sites, le poste est saturé ou lointain. C'est un risque de fond, à vérifier avant tout engagement foncier.
  • Oublier l'écologie. Les friches sont souvent des refuges pour la faune. Un inventaire sur quatre saisons est la norme pour les projets importants.
  • Signer un bail sans clause de démantèlement ni de répartition des responsabilités environnementales.

Peut-on associer solaire et autres usages sur une friche ?

Oui, quand la surface le permet. Des ruches, des zones pédagogiques, un pâturage ovin entretenant la végétation ou une zone de stockage de batteries cohabitent avec les panneaux. Attention toutefois : sur une friche, l'élevage ou la culture relèvent d'un cadre différent de l'agrivoltaïsme au sens de la loi, qui concerne les terrains agricoles. Pour comprendre les différences, lisez notre dossier sur l'agrivoltaïsme ovin.

Étude gratuite de votre friche avec DIGITALSUN ENR

Nous menons l'étude de faisabilité de bout en bout : analyse réglementaire et urbanistique, évaluation du raccordement, dimensionnement, montage du dossier d'autorisation et choix du modèle économique. Notre site champs-solaires.com présente notre offre pour les terrains dégradés de 1 à 3 hectares.

Faites étudier votre friche gratuitement : réponse sous 72 h, interlocuteur unique, 0 € d'avance de frais.

Sources

Questions fréquentes

Quelle surface faut-il pour une centrale solaire sur friche ?

Il n'existe pas de minimum légal. En pratique, un hectare d'un seul tenant est le seuil à partir duquel les coûts fixes (études, raccordement, autorisations) restent supportables. On observe de 0,6 à 1 MWc par hectare sur des centrales sur terrains dégradés. Sous un hectare, l'autoconsommation sur toiture est souvent plus rentable.

Où trouver la liste des friches de ma commune ?

L'inventaire national Cartofriches du Cerema recense près de 20 500 friches et se consulte en ligne. Il est complété par des observatoires locaux et par le jeu de données « sites dits dégradés potentiels » publié par les services de l'État. Une friche absente de ces bases peut quand même convenir : c'est la visite et l'étude qui tranchent.

Un permis de construire est-il obligatoire pour une centrale sur friche ?

Au sol, un permis de construire est nécessaire au-delà de 250 kWc. Entre 300 kWc et 1 MWc, un examen au cas par cas de l'évaluation environnementale s'applique. À partir de 1 MWc, l'évaluation environnementale est systématique, avec enquête publique. Ces seuils sont à vérifier au moment du dépôt.

Une friche en zone naturelle du PLU peut-elle accueillir du solaire ?

Parfois, mais pas automatiquement. Le règlement de la zone doit autoriser les équipements d'intérêt collectif ou les installations de production d'énergie. Sinon une modification ou une mise en compatibilité du PLU peut être nécessaire, ce qui rallonge le calendrier de plusieurs mois. La mairie est le premier interlocuteur.

Quel est l'avantage d'une friche par rapport à un terrain agricole ?

Sur une friche, aucun sol productif n'est consommé, ce qui évite les débats et les contraintes de l'agrivoltaïsme. Les appels d'offres de la CRE valorisent en outre les sites dégradés par un bonus de notation de neuf points. Le risque principal se déplace vers le sol : pollution, remblais, bâtiments à démolir.

Combien de temps dure un projet solaire sur friche ?

Pour une centrale soumise à étude d'impact, comptez en général plusieurs années entre l'étude de faisabilité et la mise en service : inventaires écologiques sur un cycle annuel, instruction du permis, enquête publique, raccordement. Un petit projet en dessous des seuils d'évaluation environnementale peut aller plus vite. Le raccordement est souvent le facteur limitant.

Que devient la centrale en fin de vie ?

La remise en état du site est une obligation prévue au bail et dans les cahiers des charges d'appels d'offres. Les panneaux sont collectés puis recyclés par la filière agréée Soren, qui reprend sans frais les modules usagés. Une centrale est conçue pour 30 ans et plus, avec la possibilité de renouveler les modules sur les mêmes structures.

Pour aller plus loin

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